La ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, et son compagnon, Patrick Ollier, ministre chargé des relations avec le parlement, ont livré ces derniers jours à Mediapart des
explications contradictoires sur leur emploi du temps du 27 décembre en Tunisie, journée durant laquelle MAM aurait rencontré en pleine répression sanglante de la révolution deux représentants du
régime Ben Ali, selon des informations venues de Tunisie. D'après l'édition du 21 février du magazine Tunis Hebdo, la chef de la diplomatie française aurait en effet profité de son séjour dans la
station balnéaire de Tabarka, au nord-ouest de la Tunisie, pour s'entretenir dans le plus grand secret, le 27 décembre au matin, avec le ministre de l'intérieur tunisien de l'époque, Rafik Haj
Kacem, et le chef de la garde présidentielle, Ali Seriati. Les deux hommes, réputés pour être des artisans majeurs du système de répression de la dictature Ben Ali, ont été arrêtés après la
révolution. L'information a été démentie par le Quai d'Orsay. L'enjeu qui entoure la réalité d'un tel rendez-vous sécuritaire le 27 décembre 2010, s'il venait à être confirmé, n'est pas mince. Non
seulement il viendrait signer l'énième mensonge de la ministre des affaires étrangères autour de son séjour tunisien mais il pourrait aussi expliquer, à lui seul, la proposition, formulée dix jours
plus tard (le 11 janvier 2011, précisément) à l'Assemblée nationale par Mme Alliot-Marie, d'offrir au régime Ben Ali le «savoir-faire» de la police française pour mater la révolution tunisienne. En
attendant, les cabinets ministériels de Mme Alliot-Marie et de M. Ollier, et parfois les ministres eux-mêmes, ont livré à Mediapart des informations floues, contradictoires et incompatibles sur
leur agenda du 27 décembre 2010. Alerté le 4 février par plusieurs sources tunisiennes de l'éventuelle existence de cette entrevue, qu'aucun élément tangible n'est venu pour l'heure confirmer,
Mediapart avait ainsi obtenu, le mercredi 9 février, un premier «démenti formel et absolu» du Quai d'Orsay. Quelques jours plus tard, le 17 février, le ministre chargé des relations avec le
Parlement, Patrick Ollier, compagnon à la ville de Michèle Alliot-Marie, affirmait par téléphone ne pas se souvenir de l'emploi du temps de son couple le 27 décembre. Puis le ministre a fait
rappeler Mediapart par son cabinet pour préciser dans la foulée que lui et Michèle Alliot-Marie se trouvaient en réalité ce jour-là loin de Tabarka, lieu supposé de la rencontre avec les officiels
tunisiens. «Ils sont allés à Bulla Regia, un site gallo-romain à une soixantaine de kilomètres de Tabarka, toute la journée, ont visité un musée, ont serré des mains, et sont rentrés à leur hôtel à
Tabarka tard le soir», nous a expliqué un membre du cabinet de M. Ollier.